Guerre en Afghanistan : une société privée aux manettes

MEDIAPART/Le journal Par Maguy Day

Pour mettre fin à l’opacité qui entoure les sociétés privées militaires et de sécurité qui officient dans les zones de conflit, les parlementaires du Conseil de l’Europe appellent les Etats membres à établir une convention pour clarifier leur fonctionnement et réguler les liens qui existent entre ces entreprises et les 47 pays membres. Les députés soulignent en particulier la zone de nondroit dans laquelle évoluent les sociétés privées militaires et de sécurité (SPMS), pourtant mandatées par des Etats de droit comme le Royaume-Uni, le Danemark ou la Norvège, dans un rapport publié jeudi. "Autant en Europe, l’achat d’une arme est réglementée et le complexe militaro-industriel doit rendre compte des exportations de matériel militaire, autant l’exportation de services n’est soumis à aucune régulation" , souligne le socialiste Wolgang Wodarg, député au Conseil de l’Europe (APCE) et rapporteur du premier rapport sur la question. Le millier d’entreprises à vocation militaire ou sécuritaire n’ont ainsi de compte à rendre à personne. Et les 1,5 million de " soldats privés " ou d’" agents de sécurité " qui officient dans le monde échappent presque systématiquement à des poursuites judiciaires. Devant la multiplication des bavures, le gouvernement irakien a ainsi décidé, jeudi, de retirer sa licence d’activité à la société privée Blackwater, accusée d’être responsable de la mort de 14 civils désarmés, le 16 septembre 2007, sur la place Nisour à Bagdad. Entendu par l’instance internationale sur ses activités, Tim Spicer, Pdg de l’entreprise britannique Aegis choisie par le Pentagone pour être l’interface entre l’armée américaine et la cinquantaine de sociétés militaires privées en Irak, se défend d’être audessus des lois. "Ce n’est pas vrai. Nous procédons à de l’autoréglementation et c’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment. Dans le cas où des entreprises seraient défaillantes, nous avons établi des codes de conduite qui nous permettent de les exclure " , assure le discret britannique (cf. photo). Des exactions filmées Les associations de défense des droits de l’homme ne sont toutefois pas rassurées par les déclarations de ce sujet de sa majesté au passé bien sulfureux. Ce lieutenant-colonel de l’armée de sa majesté jusqu’en 1994, vétéran de la guerre des Malouines, du Golfe, des Balkans et de l’Irlande du Nord, a été accusé d’avoir rompu l’embargo sur les armes au Sierra Leone en 1998.

Dix ans auparavant, sa société Sandline a également été accusée d’avoir mis en place des opérations d’intimidation de la population locale de Papouasie Nouvelle-Guinée, ce qui a valu à Tim Spicer d’être brièvement emprisonné. Mais ce n’est pas tout. Une vidéo datant de 2006, mise en ligne par l’organisation non gouvernementale britannique " War on Want ", montre des soldats présentés comme des salariés d’Aegis se rendant coupables de graves exactions. Malgré ces dérives, le ministère de la défense américain n’a pas hésité à accorder récemment sa confiance à la société Aegis, qui vient de remporter en janvier le contrat pour superviser les activités des sociétés privées militaires et de sécurité en Afghanistan. Après avoir signé pour 624 millions de dollars de contrats avec le ministère de la défense américain depuis le début de la guerre en Irak, il y a six ans, Tim Spicer n’est donc pas près de fermer boutique. La guerre : un marché profitable L’avenir pour Aegis comme pour les autres sociétés privées s’annonce d’autant plus radieux que l’inspecteur général du ministère de la défense américain compte privatiser encore plus les guerres en cours. En novembre 2008, le gouvernement de George Bush n’a pas hésité à justifier l’usage de salariés du privé pour " combler le manque de personnel de supervision, dont les fonctions avoisinent celles inhérentes à un gouvernement, et qui conduiraient potentiellement à des prises de décision " . Les députés de l’Assemblée du conseil de l’europe ne sont évidemment pas de cet avis. La résolution de l’Assemblée précise que certains domaines de la sécurité sont "intrinsèquement gouvernementaux " , et doivent demeurer de la compétence souveraine des Etats qui agissent dans l’intérêt public. Alors même que les sociétés privées ont tout intérêt à ce que les conflits éclatent et perdurent. "Plus les conflits augmentent, plus le marché de leurs services devient rentable" , accusent les élus dans la résolution votée à l’unanimité. Selon les parlementaires, des employés de ces sociétés se sont livrés à de véritables violations des droits de l’homme. L’élargissement de leur champ d’action préconisé par le Pentagone, compte tenu de leur influence sur les choix et orientations politiques des pays en guerre, inquiète également les députés et laisse craindre le pire.

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